[INTERVIEW] Un lendemain avec… DJ PONE

N’y allons pas par quatre chemins, DJ PONE est l’un des meilleurs dj dans sa catégorie, le plus productif aussi. La Scred Connexion, Triptik, les Casseurs Flowters, les Svinkels et très prochainement Suprême NTM, l’ex-membre de Birdy Nam Nam a bossé avec tout le monde. Pone, c’est aussi un palmarès. Multiple vainqueur aux DMC en solo ou en équipe, l’artiste originaire de Seine-et-Marne était de passage au Transbordeur à Lyon début février. L’occasion était trop belle pour échanger avec lui. Il nous parle de son album « Radiant », de la tournée à venir avec NTM et porte un regard sur ce qui se fait dans le hip-hop français aujourd’hui.

LDC : A quelques heures de ton live pour la soirée anniversaire du festival Woodstower, comment tu te sens ?
DJ PONE : J’me sens très bien, ça fait longtemps que je n’avais pas joué mon live et comme j’avais beaucoup de travail j’étais un peu fatigué donc j’ai levé le pied sur les soirées et concerts. J’avais besoin de faire d’autres trucs. Retrouver cette salle du Transbo, ça me fait hyper plaisir, j’aime bien cette salle et je retrouve ma team de tournée donc je suis très heureux.

LDC : 2016 a été marqué par la sortie de ton album « Radiant », comment s’est passé la tournée ou tu défendais cet album solo ?

Ouai je défends cet album et plein d’autres trucs aussi. Ça s’est un peu transformé en live représentative de ma carrière même si je ne peux pas tout mettre dedans. La tournée s’est faite en deux temps, j’ai fait une partie de tournée avant que l’album sorte, j’avais une partie avec des musiciens mais ça a été compliqué à mettre en place bien que ça ait été une superbe expérience. Je n’avais pas le budget et les moyens financiers pour porter le projet ou je voulais donc je suis repassé à une formule seule. Concernant la tournée j’ai eu de très bon retour, cet album a déjà un an, c’est un album calme et mentale.

LDC : Je dirais même qu’il est carrément électro.
Avec le temps je me suis dit que cet album est trip-hop avec des déviances électro. Mais je le vois quand même plus comme un album trip-hop au final. J’ai travaillé avec Superpoze ou encore Boogie Vice. La partie électronique se traduit par ma carrière avec Birdy Nam Nam, ça fait partie de mon cursus, c’est clair. Je dirais que je reviens plus sur mes racines hip-hop malgré le voyage dans la musique électronique. La matière électro m’intéresse tout le temps mais la musique électro j’en suis sortie, quand tu écoutes mon dj set, je ne fais que mixer du hip-hop, j’ai arrêté l’électro a 120 BPM je dirais.

LDC : Et pourtant, « Radiant » est assez doux, assez calme, c’est surprenant par rapport à toutes les collaborations rap et hip-hop dont tu appartiens. Comment tu l’expliques ?
Il ressemble à un projet que j’ai fait qui s’appelle Sarh (avec José Réis Fontao). Quand je suis au contrôle de la direction artistique, j’ai toujours été plus sensible à la musique tranquille même si j’adore la musique violente. Je fais de la musique de manière émotionnelle. Lorsque j’ai fait cet album, c’était une période ou j’avais besoin de calme.

LDC : Comment tu caractérise l’évolution entre l’album Erratic Impulses et Radiant ?

Erratic Impulses, c’était avec ED Bangers. Les deux premiers morceaux de cet album représentent un bon mix de ce que je suis. Il y a de la matière électro mais c’est quand même très hip-hop. La direction que je prends pour mon prochain disque, ça sera celle-là, j’imagine. J’ai envie de me retourner vers mes vieux fantasmes de Dj Shadow ou RJD2, cet âge du trip-hop bénit selon moi parce que j’avais l’âge et ça venait d’arriver, genre Big Dada. Je bosse des trucs avec plus de modernité peut-être.

 

LDC : Concernant les DMC (Championnat international de Djs Hip Hop), tu as été plusieurs fois champion de France par équipe avec Birdy Nam Nam. Tu as des victoires également en solo, la dernière remonte à 2002, aujourd’hui, Dj Pone, il ferait encore l’affaire aux DMC ?
Si je m’entrainais vraiment beaucoup, je pourrais faire quelque chose. Je trouve, personnellement que les mecs aujourd’hui sont très fort techniquement mais que les shows sont moins originaux et moins élaborés.

Un mec comme DJ Craze, aujourd’hui, il écraserait tout le monde. Je ne porte plus vraiment de regard dessus, ça fait 16 ans maintenant et cette chose ne fait plus partie de mon existence. C’est un passage très important de ma vie qui m’a énormément apporté mais c’est plus ce que j’ai envie de faire. J’ai envie de tourner et bosser avec des groupes. C’est comme si tu me ramenais en enfance là.

LDC : Tu seras bientôt sur scène avec NTM, tu as principalement collaboré avec des formations hip-hop auparavant. Aujourd’hui, quel regard portes-tu sur ce qui se fait dans ce milieu en France ?
Le rap a pris la majorité de la place dans la musique d’aujourd’hui donc c’est une bonne chose. Les gens écoutent vraiment beaucoup de rap, le public a changé, il est plus jeune aussi. C’est quelque chose d’incroyable. Je le vois quand je jouais des trucs de trap music il y a 3 ou 4 ans, ça n’a plus le même impact aujourd’hui. Le rap français, c’est un tsunami. Il y a le rap belge aussi avec Romeo Elvis, Jean Jass, Damso. Je vais avoir 40 ans, j’écoute beaucoup moins de rap que j’en écoutais avant, je reste sur mes trucs de base mais je me tiens au courant de ce qu’il se passe. C’est productif et il y a ce truc que je trouve super punk aujourd’hui. Les mecs n’ont pas de maison de disque, ils font tout chez eux avec leurs potes, leurs clips, c’est un truc de punk pour moi ça. C’est la maitrise totale d’internet et des réseaux sociaux. Ils n’ont pas besoin de forcer et ont ça dans le sang. Aujourd’hui, il y a des maisons de disque qui envoient des messages a des rappeurs que je connais très bien, ils sont morts de rire, ils se disent mais qu’est-ce que vous allez faire pour moi ? Vous allez piquer mon pognon ? Qu’est-ce que vous allez faire de ma musique ? Je trouve dingue cette capacité également à remplir des salles sans même avoir sorti un disque. Il y a clairement une diffusion et un rapport direct entre l’artiste et le public. C’est la musique ou les artistes sont le plus proches des gens, ça tourne le dos à un système dégueulasse dont moi je me suis très bien servi aussi mais qui m’a parfois tourné le dos.

LDC : La tournée avec NTM ? Tu peux nous en dire d’avantage ? (NTM sera en concert le 30 août 2018 pour les 20 ans du festival Woodstower)
Il y aura Bercy les 8 et 9 mars, on annonce aussi des festivals avec une vingtaine de dates. Je suis avec DJ R.H, Joey Star nous a demandé de devenir les architectes de la structure musicale du show. On a rebossé les beats, retravaillé les morceaux entièrement en remettant des drums dessus pour leur redonner du jus. Ce n’est pas que les morceaux de NTM aient pris un coup de vieux, c’est difficile à dire mais ce sont des tracks qui ont 20 ans donc on a dépoussiéré deux ou trois trucs. J’ai une façon assez précise de voir les sets donc on en discute. On va jouer les classiques, d’autres pas, donc si tu veux voir du NTM, tu vas en prendre plein la gueule.

LDC : La suite s’annonce chargée puisqu’il y a du neuf avec les Svinkels également ?
On a fait une reformation pour s’amuser à Paris lors d’un concert au New Morning pour la soirée 8-6, c’était le 8 juin. Vu le carnage, on s’est dit qu’on allait retenter le coup donc on a mis en vente un Olympia qui s’est rempli en 24h. Il y aura donc des dates cet été et une tournée en novembre prochain avec un nouveau skeud en préparation.

LDC : D’autres projets ?
Moi de mon côté je prépare un EP avec mon pote Boogie Vice donc je suis plutôt dans la bonne lancée. Aussi, le fait de se retrouver avec NTM sur scène, pour moi, le mec de banlieue, c’est un truc de fou.

Propos recueillis par Jonas Landais

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